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Histoire de Roche

Le village en 2005

Comme la plupart des anciennes agglomérations de la basse plaine, Roche s'est bâtie tout naturellement sur un monticule émergeant des vastes marais où divaguaient le Rhône et ses multiples affluents. Lovée sur le cône de déjection de l'Eau-Froide, elle profite du Mont d'Arvel l'abritant de la bise et du brouillard lémanique. Villeneuve au nord et Yvorne au sud soulignent l'identité viticole régionale en partageant un terroir chablaisien réputé, reflet d'une géologie complexe et subtile. Rennaz, Noville, Chessel et Corbeyrier complètent le voisinage avec limites territoriales communes.

Le village en 1930

Hier : Premier grand axe de communication à l'échelle européenne à travers les Alpes, la route romaine a été inaugurée en 47 de notre ère, sous le règne de Claudius Tibère. Voie militaire à chars et à chevaux, elle est ruinée par les invasions du Vème siècle. Elle réapparaît au VIIIème sur l'axe des pèlerinages Saint-Jacques de Compostelle - Rome avec à son point culminant un hospice dédié à Saint-Nicolas du Mont-Joux. Saint-Bernard de Menton y aurait bâti la première église, devenue dès 1215 couvent de la communauté religieuse des chanoines du Saint-Bernard observant la règle de Saint-Augustin. Dès cette époque l'hospice possède des biens fonciers dans toute l'Europe, de la Sicile à l'Angleterre.

Et à Roche ? L'évêque Hartmann était aumônier du couvent de Saint-Pierre du Mont-Joux à Roche lorsqu'il fut appelé au siège épiscopal de Lausanne en 852. Une église et l'hôpital de Roche auraient existés simultanément dès le IXème siècle comme succursale du monastère fondé au Bourg de Saint-Pierre dans l'Entremont par les Carolingiens. Le pape Alexandre III confirma en 1177 déjà à l'hospice du Saint-Bernard la possession de l'église paroissiale et l'hôpital de Roche où se trouvait aussi une grange avec maison forte. Frère Jaques de Bons était encore docteur de l'hôpital en 1332, alors que Jaques Carpentat figurait simplement comme recteur de la chapelle.

Roche lieu d'accueil est confirmé par un inventaire établi en 1476. Les chanoines y disposaient d'une centaine de pièces de bétail, dont 22 chevaux et 4 poulains. Un an plus tôt, l'invasion bernoise marquait le début de 323 ans d'occupation et de cohabitation avec les religieux du Saint-Bernard. La Réforme en 1527, les chicaneries tendant à limiter le passage des pèlerins, les tentatives de spoliation des biens fonciers, rien n'y fit. Le relais du Saint-Bernard attendra 1853 pour changer de propriétaire. Il fut alors vendu par l'Etat du Valais au titre de contribution au remboursement de sa dette liée à la guerre du Sonderbund.

Aujourd'hui : quelles traces en reste-t-il ? De la route romaine un remarquable tronçon, fouillé et inventorié, puis recouvert de sa terre protectrice. L'église Saint-Jacques a passé par la pioche des démolisseurs en 1870. Elle gênait l'élargissement de la rue du Mont-Joux dans le quartier de l'abbaye du même nom !

Quant au relais du Saint-Bernard, acquis par la Commune en 1970, il sera sauvé in extremis de la démolition après avoir été classé monument historique. Il fut cédé gratuitement en 1976 à la Fondation du Musée suisse de l'orgue. Le bâtiment fut alors entièrement restauré. Il abrite une extraordinaire collection d'instruments les plus divers. Le grand orgue du studio de la Sallaz de la RSR y a été relevé. Il contribue, avec beaucoup d'autres, à l'animation culturelle locale et régionale et attire de nombreux visiteurs suisses et étrangers. Des organistes chevronnés animent tous les samedis de juillet et août des concerts de musiques les plus variées.

Musée de l'orgue

En 1554, la découverte des sources salines de Panex allait provoquer un fol espoir de voir la Suisse ne plus dépendre de ses voisins pour son approvisionnement en cette denrée indispensable à la vie. Des problèmes d'exploitation industrielle imposèrent de transférer la fabrication en plaine. C'est ainsi qu'en 1582 débuta la construction d'une saline à Roche sur les 4 à 5 poses d'un terrain alors verger de l'abbaye de Mont-Joux. Les saumures en provenance de Panex y arrivaient par une conduite longue de 12 km. Formée de troncs de mélèze évidés à l'aide de tarières, ces éléments s'emboîtaient par un accouplement conique. Ce saumoduc courait le plus souvent à même le sol. Par relais successifs il rejoignait Aigle après une perte d'altitude de près de 500 m. Il suivait la Grande-Eau où une saline vit également le jour vers 1700 puis se dirigeait sous Yvorne en direction de Roche, en suivant la faible pente du terrain.

Ecluse de la Joux-Verte

vers 1980

Pourquoi une saline à Roche ? D'importantes ressources forestières dominaient le village sur la haute vallée de l'Eau-Froide. Afin d'acheminer le bois en plaine, un très ingénieux barrage-voûte fut construit en 1695 au lieu-dit la Joux-Verte, actuellement à cheval sur le territoire des communes de Corbeyrier et de Villeneuve, à 1297 m d'altitude. Il barrait la vallée en créant un lac artificiel d'env. 70'000 m3. Un astucieux dispositif permettait de libérer cette masse d'eau sur les bois empilés en aval et de les propulser avec une violence inouïe 900 m plus bas, à travers des gorges vertigineuses, jusque dans un bassin de réception.

Ce bois d'affouage servait à "cuire" le sel dans de vastes "marmites" métalliques. Les saumures avaient auparavant transité par des "bâtiments de graduation". Sortes de bassins dominés par des claies garnies de paille ou de fagots d'épine noire, ces ouvrages étaient placés perpendiculairement aux vents dominants et servaient d'évaporateurs. La saumure était pompée au-dessus des fagots et voyait, par percolations ventilées renouvelées, sa concentration passer de 30 à 50 g de sel par litre à près de 250 g à l'entrée dans les marmites.

Cette première ère industrielle vit son activité de production cesser en 1730. Berne ayant entre-temps délocalisé l'exploitation des saumures par prospections successives en direction des mines de Bex, le site de Roche est alors reconverti en centre administratif, de stockage et de distribution. Il devient également le siège de la direction. C'est à ce titre que l'illustre Albert de Haller habita la maison du Seigneur Directeur de 1758 à 1764. Il y reçut Voltaire à plusieurs reprises, ainsi que Casanova et H.-B. de Saussure. Sa fonction de directeur se doublait de celle de Gouverneur du mandement avec domicile au château d'Aigle. Humaniste, écrivain, poète et grand homme de science, Albert de Haller se consacra à Roche à de multiples études en botanique, en aérologie et sur l'insalubrité des marais régionaux. Cherchant à réduire la consommation de bois il expérimenta l'évaporation des saumures par le soleil et le vent, comme dans les marais salants.

Maison des Saulniers

L'épopée du sel se termine à Roche en 1798 avec l'abandon du centre administratif, la destruction des anciens bassins de graduation et des magasins à sel construits en bois. Quelques bâtiments sont repris par la Commune pour notamment y créer une école en 1805. Le grand magasin à sel construit en pierre sera racheté en 1838 pour le transformer en lieu de culte et en de nouveaux locaux scolaires.

L'âge de la pierre: Les marbres gris de Roche ou rouge jaspé étaient considérés parmi les plus beaux de Suisse. Au début du 18ème siècle ils étaient utilisés le plus souvent dans les cantons de Vaud et de Genève. Il s'en exportait beaucoup à Lyon et certains finirent en chambranles de cheminée à Petersbourg. Le portail de l'hôtel de ville de Lausanne (1674) est la réalisation la plus ancienne connue. De multiples églises et le Palais fédéral à Berne en sont ornés. Actuellement situé sur le territoire communal d'Yvorne, le gisement est épuisé et l'abandon de l'exploitation remonte à 1921.

En 1896 débute une nouvelle ère industrielle marquante pour la localité. Profitant d'une particularité géologique exceptionnelle (un gisement de calcaire pur enserrant un noyau de marne), une cimenterie et une fabrique de chaux s'installent sur les rives de l'Eau-Froide. De 6'000 en 1896, la production cimentière passa graduellement à plus de 200'000 tonnes en 1972. La construction du tunnel du Simplon, puis celles des Dixences et des multiples autres barrages bénéficièrent de la cimenterie de Roche, réputée pour sa constance de qualité.

Cette industrie assura le gagne-pain de nombreuses familles locales et régionales et contribua sensiblement à la prospérité de la commune. Elle imposa toutefois une monoculture industrielle limitant les possibilités de développement en disposant d'une vaste portion territoriale. L'arrêt de la production du clinker en 1994 mit fin à tout espoir de reconversion. Lors de son 100ème anniversaire la cimenterie fit don du splendide bâtiment des Saulniers afin d'en faire une maison de commune. La démolition des installations industrielles coïncida en 2002 avec le retour en mains communales de l'ensemble des territoires cimentiers.

L'activité économique voit encore une dizaine d'exploitations agricoles, maraîchères et horticoles exploiter les terrains de plaine. Plusieurs centres commerciaux se disputent leur part de marché dans une région riche en grandes surfaces. Quelques entreprises artisanales actives dans le domaine de la construction complètent l'éventail des emplois locaux.

La ZI des Vernes, sud

L'avenir de Roche se construira sur les territoires fraîchement acquis de l'ex-cimenterie. La société DelWest Europe y a déjà construit une unité ultramoderne de production d'éléments de moteurs équipant entre autres la quasi-totalité des écuries de courses, F1 et motos Grands-prix. Elle occupe actuellement plus de 120 personnes et s'active à mettre sa haute technologie en partenariat avec d'autres sociétés afin de créer un centre mondial de compétences en matière de motoring. Une société de recyclage des emballages PET a pu également profiter du site et créer une quinzaine d'emplois. Le solde des terrains légalisés en zone industrielle sera destiné à accueillir des PME que nous souhaitons porteuses d'emplois.

La procédure de légalisation d'une nouvelle zone à bâtir devrait aboutir cette année encore. Elle permettra la construction d'immeubles locatifs, d'habitats groupés et de villas individuelles. Disposant d'une gare, d'une ligne de bus entre les gares d'Aigle et de Villeneuve et d'un office de poste, la localité bénéficie d'excellents moyens de communications. La construction de la future H144 transchablaisienne devrait démarrer prochainement et faciliter l'accès en direction du Bas-Valais et la Savoie.

Dans le cadre du regroupement scolaire régional Roche offre 15 classes réparties sur 2 collèges. Les écoles bénéficient également d'une salle de rythmique et d'une salle polyvalente. Cette dernière est partagée par une dizaine de sociétés culturelles ou sportives.

Construction du collège des Salines

octobre 1935

La Rotzérane

Collège de Prés-Clos

Roche dispose de très importantes réserves d'eau potable qu'elle partage avec ses voisines de Rennaz et de Villeneuve. Les eaux usées sont épurées régionalement par EPUBAR. D'importants investissements devront encore être consentis afin d'achever la mise en séparation et l'évacuation des eaux. Ces travaux devront être menés parallèlement à une réfection des rues avec une adaptation des conditions de circulation. Ils s'accompagneront de la mise en place d'un nouveau cadre de vie encore plus gracieux et accueillant.

Il ne fait aucun doute que l'avenir de Roche sera à l'image de son riche passé.

André Gremion, Syndic, 2005